■ Portrait de Philippe II, duc d’Orléans par Jean-Baptiste Santerre.
La question est posée comme un abyme pour la réflexion et je n’entends pas y répondre, mais raconter une histoire, notre histoire.
Il fut un temps, au XVIIIème siècle où le pouvoir des juges décida de la destinée de la France.
Ces juges constituaient la noblesse de robe, bien souvent composée de bourgeois que la vénalité des offices faisait entrer dans la magistrature avec des charges anoblissantes et qui, une fois dans les parlements, sièges de la justice de l’époque, avaient souvent le souci de leur pré-carré.
Durant son règne Louis XIV avait, pour sa part, eu le souci de ses enfants, tous ses enfants, et la question de sa succession agitait la Cour qui, au regard des attitudes du roi et des édits qu’il avait promulgués, laissait planner l’idée, qu’en cas de décès de Louis XV, le duc du Maine, le fils légitimé de Louis XIV aurait pu lui succéder.
Si personne n’osait contredire le roi, des cabales s’enhardissaient, celle du duc d’Orléans, jaloux de son rang, n’étant pas la dernière.
Ainsi, au lendemain du trépas de Louis XIV, survenu le 1er septembre 1715, la question de la succession et de la régence devint un enjeu politique majeur impactant directement la stabilité du royaume de France.
Le défunt roi avait, par son testament, organisé une régence collégiale dans laquelle le duc du Maine, occupait une place prépondérante, notamment, en tant que surintendant de l’éducation du jeune Louis XV.
Ce testament, déposé au Parlement de Paris, heurtait les ambitions démesurées de Philippe d’Orléans, neveu de Louis XIV et prince du sang, qui revendiquait la régence pleine et entière en vertu de sa proximité dynastique avec l’héritier.
Philippe d’Orléans, homme habile et pragmatique, comprit rapidement que le Parlement de Paris, institution judiciaire dotée d’un rôle politique sur le déclin, constituait un levier, tout aussi essentiel qu’opportun, pour faire valoir ses prétentions.
Sous l’Ancien Régime, le Parlement de Paris avait la prérogative d’enregistrer les actes royaux, y compris les testaments, mais aussi de les contester sous certaines conditions, en s’appuyant sur les "remontrances".
Il n’en fallait pas plus au duc d’Orléans pour que ce dernier flattât l’égo des parlementaires, jaloux de leurs privilèges et craintifs d’un homme, le duc du Maine, qui incarnait le progrès, et qu’il les induisît dans son sens.
Les lobbys étaient nés, ils perdurent encore. Le politique allait instrumentaliser une justice qui aurait le dernier mot.
Philippe d’Orléans entreprit une alliance stratégique avec le Parlement et dès le lendemain de la mort de son oncle, le 2 septembre 1715, il se présenta devant cette assemblée pour faire casser le testament du feu roi.
En échange de leur soutien, il promit aux magistrats de restaurer leur droit de remontrance, que Louis XIV avait sévèrement restreint dans les dernières années de son règne.
Cette concession, habilement négociée, garantissait aux parlementaires un regain d’influence politique, tandis qu’elle assurait à Philippe la légitimité nécessaire pour écarter le duc du Maine et s’arroger la régence.
Mettant aux devants de la scène le pouvoir des juges, Philippe d’Orléans sut séduire par ses promesses et le parlement prononça l’annulation des clauses principales du testament.
Les juges prenaient le pas, Philippe d’Orléans fut reconnu régent avec des pouvoirs étendus, reléguant le duc du Maine à un rôle subalterne.
Le destin de la France en était changé, les idées de deux hommes étant, sur les plans économiques et diplomatiques, diamétralement opposées.
La France eut ainsi peut-être échappé à la déroute économique que le régent, sans discernement dans le choix de ses conseillers, imposât avec son protégé, le banquier écossais Law. Elle eut aussi, sans doute, échappé à la polysynodie, ce mode de gouvernement marqué par l’émergence de conseillers incompétents et mus par leur intérêt personnel.
Nous ne le saurons jamais, mais retenons que ce moment clé de l’histoire française marqua non seulement l’affirmation de la régence de Philippe d’Orléans, mais aussi le retour en force du Parlement, c’est-à-dire des juges, comme acteurs politiques, prélude aux tensions qui traverseraient le XVIIIe siècle et au delà.
Cette histoire frappe par sa modernité et interroge.
Où en sommes-nous aujourd’hui de « l'esprit des lois » de Montesquieu qui prônait la séparation réelle des pouvoirs ?
Il fut un temps, au XVIIIème siècle où le pouvoir des juges décida de la destinée de la France.
Ces juges constituaient la noblesse de robe, bien souvent composée de bourgeois que la vénalité des offices faisait entrer dans la magistrature avec des charges anoblissantes et qui, une fois dans les parlements, sièges de la justice de l’époque, avaient souvent le souci de leur pré-carré.
Durant son règne Louis XIV avait, pour sa part, eu le souci de ses enfants, tous ses enfants, et la question de sa succession agitait la Cour qui, au regard des attitudes du roi et des édits qu’il avait promulgués, laissait planner l’idée, qu’en cas de décès de Louis XV, le duc du Maine, le fils légitimé de Louis XIV aurait pu lui succéder.
Si personne n’osait contredire le roi, des cabales s’enhardissaient, celle du duc d’Orléans, jaloux de son rang, n’étant pas la dernière.
Ainsi, au lendemain du trépas de Louis XIV, survenu le 1er septembre 1715, la question de la succession et de la régence devint un enjeu politique majeur impactant directement la stabilité du royaume de France.
Le défunt roi avait, par son testament, organisé une régence collégiale dans laquelle le duc du Maine, occupait une place prépondérante, notamment, en tant que surintendant de l’éducation du jeune Louis XV.
Ce testament, déposé au Parlement de Paris, heurtait les ambitions démesurées de Philippe d’Orléans, neveu de Louis XIV et prince du sang, qui revendiquait la régence pleine et entière en vertu de sa proximité dynastique avec l’héritier.
Philippe d’Orléans, homme habile et pragmatique, comprit rapidement que le Parlement de Paris, institution judiciaire dotée d’un rôle politique sur le déclin, constituait un levier, tout aussi essentiel qu’opportun, pour faire valoir ses prétentions.
Sous l’Ancien Régime, le Parlement de Paris avait la prérogative d’enregistrer les actes royaux, y compris les testaments, mais aussi de les contester sous certaines conditions, en s’appuyant sur les "remontrances".
Il n’en fallait pas plus au duc d’Orléans pour que ce dernier flattât l’égo des parlementaires, jaloux de leurs privilèges et craintifs d’un homme, le duc du Maine, qui incarnait le progrès, et qu’il les induisît dans son sens.
Les lobbys étaient nés, ils perdurent encore. Le politique allait instrumentaliser une justice qui aurait le dernier mot.
Philippe d’Orléans entreprit une alliance stratégique avec le Parlement et dès le lendemain de la mort de son oncle, le 2 septembre 1715, il se présenta devant cette assemblée pour faire casser le testament du feu roi.
En échange de leur soutien, il promit aux magistrats de restaurer leur droit de remontrance, que Louis XIV avait sévèrement restreint dans les dernières années de son règne.
Cette concession, habilement négociée, garantissait aux parlementaires un regain d’influence politique, tandis qu’elle assurait à Philippe la légitimité nécessaire pour écarter le duc du Maine et s’arroger la régence.
Mettant aux devants de la scène le pouvoir des juges, Philippe d’Orléans sut séduire par ses promesses et le parlement prononça l’annulation des clauses principales du testament.
Les juges prenaient le pas, Philippe d’Orléans fut reconnu régent avec des pouvoirs étendus, reléguant le duc du Maine à un rôle subalterne.
Le destin de la France en était changé, les idées de deux hommes étant, sur les plans économiques et diplomatiques, diamétralement opposées.
La France eut ainsi peut-être échappé à la déroute économique que le régent, sans discernement dans le choix de ses conseillers, imposât avec son protégé, le banquier écossais Law. Elle eut aussi, sans doute, échappé à la polysynodie, ce mode de gouvernement marqué par l’émergence de conseillers incompétents et mus par leur intérêt personnel.
Nous ne le saurons jamais, mais retenons que ce moment clé de l’histoire française marqua non seulement l’affirmation de la régence de Philippe d’Orléans, mais aussi le retour en force du Parlement, c’est-à-dire des juges, comme acteurs politiques, prélude aux tensions qui traverseraient le XVIIIe siècle et au delà.
Cette histoire frappe par sa modernité et interroge.
Où en sommes-nous aujourd’hui de « l'esprit des lois » de Montesquieu qui prônait la séparation réelle des pouvoirs ?
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